Gonzague Dambricourt a beau avoir une gueule d'ange et les cheveux hirsutes, il ne pouvait échapper à un tronçonnage en règle. En bon geek déresponsabilisé, il incarne à lui tout seul cette génération de blogueurs cloitrés dans un univers high-tech dont le summum de l'investigation intellectuelle est de savoir si le dernier I-Mac(do) est disponible en vert olive.
L'observateur averti notera sans difficulté que le vide éditorial d'un blog comme celui de Dambricourt se rapproche, à quelques "k" et compléments d'objets près, de n'importe quel Skyblog. Une photo de famille par-ci, une vidéo à la mode par-là, le relais de chaînes et surtout beaucoup beaucoup beaucoup de consommation... Pas étonnant qu'une blogosphère ostracisée s'échoue en masse sur de tels récifs.
Entre deux humeurs vaguement désamorcées ("Un groupe de musique plutôt cool, écoutez", "5 trucs que j'aime" ), le garnement rédige une flopée de news consacrées à des produits ou services high-tech toujours plus « révolutionnaires ». D’aucun dirait que la démarche s’apparente à celle du lévrier d'élevage courant derrière un lapin sans savoir que celui-ci est en plastique.
A l’image de tout occidental qui croit se respecter, l'étudiant s'offre quantités d'outils high-tech à la mode. Il est même tout à fait étonnant de voir la cadence avec laquelle les achats et rachats de gadgets derniers cris s'enchaînent. On ne remerciera jamais assez Papa et Maman qui, n'en doutons pas, ont travaillé dur pour élever le rejeton et éveiller ses nobles
envies.
Lorsque Gonzague évoque les gros buzzs qui circulent sur le net, c'est toute la blogosphère qui le cite comme source. Il y aurait beaucoup à dire sur cette capacité collective à relayer certaines informations choisies au risque de perdre tout libre-arbitre. On pense à l'affaire Garfieldd, proviseur qui ne manqua pas d'évoquer sa sexualité sur la toile et fut massivement soutenu par les blogueurs. Plus récemment, l'affaire du Président de FaceBook a été particulièrement révélatrice : de nombreux blogueurs se sont offusqués d'une même voix alors que rien de véritablement sérieux ne justifiait de s'appesantir aussi vertement sur cette minable duperie... Qui sont alors les véritables truands de l'information ?
Mais revenons à notre mouton qui, en sage étudiant d’école de commerce, aime également jouer les VRP de luxe pour sa future clientèle. Il faut le voir, vidéo à l'appui, tester quantités de produits inutiles "offerts" par les marketeurs en mal de proies faciles. On frisait le grotesque avec le test du rasoir Braun dont il eut bien du mal à comprendre l'emploi (logique) ou encore lors du déballage du chariot de desserts Bonne Maman. A croire que certains marketeurs font dans le second degré... Le fait est que Gonzague ne semble pas se soucier une seconde d'être l'incarnation (et la victime) de cette indécente course à l'exposition des produits.
Attiré par les lumières de la ville, le jeune homme nous a récemment informé qu'il souhaitait couper le cordon. L’annonce sur le blog est particulièrement éloquente : "Recherche 50 mètres carrés dans le IXème arrdt de Paris, maxi = 1000 euros charges comprise". Bien qu'il faille saluer la démarche, nous lui conseillons vivement de demander à un proche de sa famille de lui fournir un logement social. Cela accélérera le processus et lui permettra de se tenir éloigné de quelques dures réalités financières qui font privilégier l'achat de chauffage à celui de l'eee-pc.
Derrière ce genre de personnage bien sous tout rapport se cache un mode de pensée caractéristique de ce qui constitue actuellement la partie bruyante de la blogosphère. Autant dire que la propagande idéologique, sous couvert de liberté d'expression, y est particulièrement insidieuse et perverse. Le blogueur blanc, bobo, high-tech, promis à un avenir brillant y règne en maître et il n'est pas prêt de renoncer à son mode de pensée.
Un grand bravo à Dambricourt pour s'être hissé, en si peu de temps et avec autant de candeur, au sommet de ce château de cartes. Le
disciple de Loïc Le Meur "pas tout à fait influent" mène son plan de carrière tel un Barry Lyndon des temps modernes. Toute sa cyber-cour est d'ailleurs là pour le lui rappeler régulièrement. Papa peut mettre ses soucis de côté et se donner l'illusion d'être fier.
Son blog est accessible
ici.