
Comme dans un bon restaurant, la présentation d’un blog est essentielle. Choisissez une police d’écriture violette qui rappelle l’élite parisienne et c’est par une note fourbe que vous accueillez votre lecteur. Ajoutez un fond pâle comme du pain de régime et la température du lieu frôle celle d’un iceberg.
Cette ambiance est celle que l’on ressent en pénétrant sur le blog de François Simon, l’immensissime critique gastronomique à la fois chroniqueur sur France Inter, rédacteur au Figaroscope et littérateur en herbe. Bref, un gars de plus qui, sous prétexte d’avoir été là au bon endroit au bon moment, se permet de distribuer de cinglantes leçons culinaires sans autre légitimité que la proéminence de son crâne que l’on dit dégarni. A cet égard, il est difficile de ne pas rire lorsqu’on découvre sur son blog : « J’ai dit à Christian Millau que je n’y connaissais rien, il m’a répondu que ce n’était pas grave, j'allais apprendre ».
François Simon est respecté par le "Milieu" car il a su imposer une vision novatrice et décomplexée de l'art culinaire. Non sans une certaine aptitude au tronçonnage, il privilégie toujours la franchise des saveurs et du cadre à la surenchère des stimuli gustatifs. C’est dans cet élan révolutionnaire que l’amateur de menus « cheap » à 80 euros décide d’ouvrir un blog en janvier 2007. Le challenge est monumental puisque le critique connaît aussi bien les nouvelles technologies que le geek moyen connaît la recette du porc aigre-doux (qui n’est pas François Simon). D’autre part, le web 2.0, communautaire par essence, apprécie peu les élites auto-proclamées et enclines à la manipulation. Nous ne rappellerons pas ici le sinistre épisode des commentaires falsifiés par un webtoutou au garde-à-vous, la bêtise de la démarche en faisant presque oublier la malhonnêteté.
Mais revenons à notre coeur d'artichaut qui s'avère dur comme de la pierre. La prose de l’écrivain a-t-elle de quoi nourrir les neurones affamés de visiteurs en mal de sensations fortes ? La réponse est non. Tout en donnant l'image d'un critique à l’élégance hautaine, François Simon propose au fil des onze pages de son blog une vision particulièrement triste de la gastronomie. Tantôt une vidéo maladroitement chuchotée qui se conclue par une note salée comme les frites qu'il affectionne, tantôt une succession de petits billets sans saveur, sans consistance, où la dictature du jugement annihile toute tentative d'argumentation, toute construction sémantique apte à faire s'évader le lecteur affamé. Et dire que l’individu s’imagine être la référence du vilain critique gastronomique dans « Ratatouille »... Encore faudrait-il qu’il en ait les capacités d’analyse...
Au fil des mots, au fil des vidéos, au fil des émissions sur France Inter, on se rend vite compte que la véritable passion de François Simon n'est pas de réinventer la critique en se pâmant devant un steak frites accompagné d'une ou deux bouteilles payées par le spectateur. C’est bien plus simple que cela. La véritable passion de François Simon, c'est François Simon lui-même, son crâne que l'on dit dégarni (si, si) et son anonymat légendaire. Ainsi, l'homme n'a pas réinventé la critique gastronomique mais l'a poussée dans de sinistres retranchements par l’association de trois épices redoutables : la manipulation, l'arrivisme et la désinvolture.
Allez, il est temps de quitter ces lieux bien peu accueillants. Je reviendrai sur le cas François Simon quand les casseroles qui suivent l’individu feront un peu moins de bruit et un peu plus de sauces. Pour l’heure, mieux vaut se recentrer sur une blogosphère culinaire plus confidentielle. D’aucuns diront que cet acharnement était aussi prévisible que le classement annuel du guide Michelin. Ils n’auront évidemment rien compris.
Son blog est ici !







