Nous arrivons à la période estivale qui va certainement aérer les esprits de quelques blogueurs énervés. Que peut-on retenir de cette année 2007-2008 ? Elle marque l’entrée de la blogosphère dans une nouvelle ère. Après l’euphorie des premiers temps, le triomphe médiatique, nous nous heurtons clairement à une période de remise en cause. Les débats sur la condition du blogueur se multiplient et engendrent de violentes disputes : la blogeoisie existe-t-elle ? Possède-t-elle du pouvoir ? Un blogueur est-il un journaliste ? Le billet sponsorisé est-il déloyal ? L’anonymat décrédibilise-t-il le propos ? La blogosphère est-elle de droite ? Et bien sûr : peut-on réfléchir sur cette vague notion de « blogosphère » ? Autant de questions qui ont fait couler beaucoup d’encre en provoquant des heurts parfois indignes et des kilomètres de commentaires.
Il est évidemment grossier de balayer d’un revers de la main ces sanglants débats en agitant systématiquement le spectre du troll.
Au contraire, cette évolution est doublement intéressante. D’une part, ces prises de becs rassurent et prouvent que ce sont bien des individus qui sont derrière leurs pc, que les émotions circulent elles-aussi à haut-débit. Pendant de trop longues années, la blogosphère s’est limitée à être un paradis technique écrasant de conformisme et sans grande valeur. Les poètes ratés y écrivaient en silence, les stars attiraient mécaniquement les applaudissements, les geeks réfléchissaient aux balises css et les blogueuses choisissaient le teint rose de leur template... Un vaste univers où la bienséance était de rigueur, l’esprit critique rare et le conflit quasi-absent. Mais les esprits ont évolué tout comme le rapport au 2.0.. La « magie » que représente l’édition en ligne instantanée s’est effacée. Désormais, les lecteurs ont beaucoup moins de complexes à émettre un jugement par l’intermédiaire d’un commentaire. Du coup le blogueur s’expose massivement. Des lignes éditoriales plus franches et plus claires remplacent les billets aimables et sans conséquence. Les haines entre blogueurs sont courantes quelle que soit la thématique abordée. Le sens critique et le jugement reprennent le dessus. En contrepartie, les esprits s’épuisent. Cette tendance révèle davantage la qualité des personnes.
D’autre part, cette remise en question générale grossit les défauts de la blogosphère. Plus encore qu’il y trois ou quatre ans, elle apparaît comme un univers nombriliste, agressif et stérile dans sa course folle à la reconnaissance publique. Il est de plus en plus difficile de conserver un silencieux mépris face à l’hystérie collective qui se développe à certains carrefours, face aux blogs surdimensionnés qui ne mesurent pas leurs propos. Ce ras-le-bol est d’autant plus fort qu’une quantité astronomique de blogueurs reste toujours dans l’anonymat, ne bénéficie d’aucune promotion malgré un travail de qualité. Pire, alors que de nombreux créatifs considéraient le blog comme un moyen d’édition (et non uniquement de connexion), beaucoup prennent conscience de la stérilité de leur démarche et abandonnent tout projet sérieux à cause des multiples barrières informelles à surmonter.
De quoi sera fait demain ? Noël 2008, l’été 2009...? Le classement Wikio brandira-t-il avec la même assurance les 20 ou 30 mêmes blogs en haut de son classement ? Le lecteur saura-t-il réagir face à cet univers qui singe la liberté d’expression et adopte des codes rigoureusement identiques au monde « réel » ? L’avenir (ou plutôt vous) nous le dira.